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Al-Malik an-Nâsir Salâh ad-Dîn Yûsuf, Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî, Salaheddine ou Saladin (1138 ; mort le 4 mars 1193) est le premier dirigeant de la dynastie ayyoubide, qui a régné en Égypte de 1169 à 1250 et en Syrie
de 1174 à 1260. Lui-même dirige l’Égypte de 1169 à 1193, Damas de 1174 à 1193 et Alep de 1183 à 1193. Son nom, an-Nâsir, signifie « celui qui reçoit la victoire de Dieu » et Saladin signifie
la « rectitude de la Foi ». Il est connu pour avoir été le principal adversaire des Francs installés durant le dernier tiers du XIIe siècle
et l’artisan de la reconquête de Jérusalem
par les Musulmans en 1187.
En 1174, le contexte politique du Levant devient très favorable à Saladin : à Jérusalem, le roi Amaury Ier meurt en laissant le royaume à un fils mineur, Baudouin le Lépreux. Le régent, Miles de Plancy, ne prend pas toujours les bonnes décisions vis-à-vis de l’Égypte et le royaume se place dans une position défensive. À Alep, Nur ad-Din laisse également un enfant, As-Salih Ismail al-Malik, mais les lieutenants de Nur ad-Din luttent pour la régence, et un neveu écarté du pouvoir se révolte.
Durant les vingt années qui lui restent à vivre, Saladin se consacre à deux tâches :
Même si l’unification de la Syrie musulmane est restée son objectif principal jusqu’en 1183, Saladin n’a pas hésité à combattre les Francs, d’une part quand il pouvait tirer parti d’une
opportunité, d’autre part pour asseoir sa position et sa réputation de meneur du djihad contre les Francs.
La première occasion survient en novembre 1177. Thierry d’Alsace, comte de Flandre est arrivé avec son armée, et les Francs en profitent pour lancer des opérations contre Hama (octobre 1177) puis Harim (novembre 1177). Par ses espions, Saladin apprend que la plus grande partie des forces franques se trouvent ainsi occupée dans le nord de la Syrie ; il décide de lancer une attaque dans le sud du royaume de Jérusalem en partant de l’Égypte. La garnison templière de Gaza résiste et Saladin laisse la ville pour assiéger Ascalon, défendue par Baudouin IV le lépreux qui, prévenu à temps, a pu réunir une petite armée pour résister. Saladin commence à établir un siège, puis estimant qu’il n’a plus d’armée entre lui et Jérusalem, lève le camp et prend la direction de Ramla et de Lydda. Mais la discipline de ses troupes, trop confiantes, se relâche, et les émirs commencent à piller le pays. Pendant ce temps, Baudouin a quitté Ascalon et fait la jonction avec les Templiers de Gaza, et entreprend un mouvement tournant qui attaque l’armée de Saladin, désorganisée, sur son flanc. La surprise est totale et Saladin subit le 25 novembre 1177 à Montgisard une sévère défaite.
Saladin prend sa revanche deux ans plus tard. Le 10 avril 1179, au retour d’un raid autour de Damas, Baudouin IV et le connétable Onfroy II de Toron sont attaqués dans la forêt de Panéas par un neveu de Saladin. Baudouin parvient à s’échapper, mais Onfroy est tué dans l’engagement. Le 10 juin 1179, les chevaliers de Baudouin, qui se précipitent sur Saladin sans attendre les fantassins et morcellent ainsi leur armée, causent la défaite franque lors de la Bataille de Marj Ayoun. Fort de son succès, Saladin assiège en août le château du Gué de Jacob (qui contrôle le passage du Jourdain et empêche les incursions musulmanes), le prend et le fait détruire. Mais une sécheresse épuise les ressources de Damas et Baudouin et Saladin concluent une trêve en mai 1180. Cette trêve ne concerne que le royaume de Jérusalem et Saladin tente une incursion dans le comté de Tripoli, avant de conclure une autre trêve avec le comte Raymond III.
Renaud de Châtillon, ancien prince d’Antioche, avait été libéré en 1177, après une captivité de seize ans à Alep. Il avait alors épousé Étiennette de Milly, dame d’Outre-Jourdain. Ce seigneur brigand profite de la position de son fief sur la route reliant Damas à l’Égypte pour attaquer et piller les caravanes musulmanes, au mépris des trêves et malgré les rappels à l’ordre de Baudouin. Au printemps 1182, Renaud viole une nouvelle fois la trêve et capture quinze mille pèlerins qui se rendent à la Mecque ; Baudouin veut les faire relâcher, sans succès. Saladin concentre une armée à Damas et Baudouin réunit l’ost pour défendre le krak de Moab, dans l’Outre-Jourdain, mais un neveu de Saladin, Farrûk-Shah, en profite pour effectuer une importante razzia en Galilée. En juin, Saladin tente d’envahir la Samarie, mais Baudouin le tient en échec. Au mois d’août, il attaque Beyrouth, mais l’arrivée de l’armée de Baudouin l’oblige à lever le siège. Alors Saladin délaisse les Francs et entreprend des campagnes contre les Zengides, qui se terminent avec la prise d’Alep en 1183.
La situation devient très précaire pour les Francs, presque encerclés par les possessions de Saladin. De plus, la lèpre dont souffre Baudouin s’aggrave, et ce dernier doit confier la lieutenance générale du royaume à son beau-frère Guy de Lusignan. En octobre 1183, Saladin envahit la Galilée et Guy de Lusignan se porte à sa rencontre. Les deux armées se font face aux Fontaines de Tubanie, mais les barons francs constatent qu’ils sont dans une posture défavorable et refusent d’engager le combat qu’ils jugent perdu. Ils tiennent toutefois leur position et Saladin est contraint de se replier.
Peu avant, Renaud de Châtillon avait conçu une expédition particulièrement audacieuse pour prendre La Mecque. Sa flotte part au début de l’année 1183 et se dirige vers les abords de Médine et de La Mecque. Mais Al-Adel, qui gouverne alors l’Égypte pour son frère Saladin, envoie une escadre qui détruit la flotte franque. Les membres de l’expédition sont capturés et décapités, et une haine inexpiable oppose désormais Saladin à Renaud de Châtillon. En novembre, Saladin attaque de nouveau le krak de Moab, mais Baudouin, gravement malade, fait convoquer son armée pour obliger Saladin à lever le siège le 4 décembre 1183. Saladin retente le siège vers la mi-août 1184, mais une nouvelle intervention du roi de Jérusalem l’oblige à battre retraite le 4 septembre 1184.
Baudouin IV meurt le 16 mars 1185 et son neveu Baudouin V, ou Baudouinet, âgé de neuf ans, lui succède sous la régence du comte Raymond III de Tripoli. Ce dernier entreprend une politique de paix avec Saladin qui permet à ce dernier de s’attaquer de nouveau à Mossoul, mais sans succès. Des dissensions apparaissent au sein de sa famille et il commence à remplacer aux postes clés ses frères par ses fils. Sur ce, Baudouin V meurt en septembre 1186 et Guy de Lusignan monte sur le trône.
Guy de Lusignan n’a été accepté comme roi par les barons qu’avec réticences et seulement grâce au soutien de barons comme Josselin III d'Édesse, Renaud de Châtillon et Gérard de Ridefort, le maître du Temple. Ces derniers sont favorable à une reprise de la guerre contre Saladin, alors que le parti de Raymond III de Tripoli préfère temporiser et attendre la mort de Saladin, qui ne manquera pas de susciter des querelles de succession.
C’est encore Renaud de Châtillon qui rompt les trêves en attaquant et en pillant au début de l’année 1187 une caravane dans laquelle se serait trouvée la sœur de Saladin. Saladin demande réparation à Renaud qui refuse, puis à Guy de Lusignan qui se révèle incapable de faire obéir son vassal.
Pour châtier Renaud de Châtillon et en finir avec les Francs, Saladin lance un appel au jihad au printemps 1187 et les troupes musulmanes commencent à se rassembler à Damas. En mai, il part ravager la seigneurie d’Outre Jourdain. Puis il fait une incursion sur Séphorie où il défait et massacre une armée templière. Au mois de juin, il attaque et assiège Tibériade et Guy de Lusignan décide de se porter à sa rencontre pour le combattre. La bataille est livrée le 4 juillet à Hattin et l'armée croisée, encerclée après une marche épuisante, et assoiffée est anéantie. Une grande partie de la noblesse franque, dont Guy de Lusignan, Renaud de Châtillon, Gérard de Rideford est capturée. Renaud de Châtillon est exécuté peu après, ainsi que tous les Templiers et les Hospitaliers.
N’ayant que peu de résistance face à lui, Saladin entreprend la conquête du royaume de Jérusalem.
Pour éviter d’être pris à revers par des renforts chrétiens, il commence par prendre les ports du royaume, au cours de l’été 1187. Seul la ville de Tyr, défendue par Conrad de Montferrat résiste avec succès au
siège de Saladin. Ayant ainsi assuré ses arrières, il se rend avec son armée à Jérusalem et met le siège devant la ville le 20 septembre 1187, assurant qu’il fera subir aux chrétiens le même sort que les musulmans lors de la prise de Jérusalem. Mais la ville, défendue par Balian d'Ibelin, résiste et accepte de se rendre contre la vie sauve de ses habitants, moyennant le payement d’une rançon.
Il permet aux chrétiens de quitter les villes conquises et de regagner sains et saufs la côte avec une partie de leurs biens, fait rare pour l'époque et qui lui vaut l'estime de ses adversaires. À Jérusalem, il rend à l'islam l'église du Temple (mosquée Al-Aqsa) mais laisse aux chrétiens le Saint-Sépulcre et rend aux juifs le Mur des Lamentations et leurs synagogues, supprimées par les Croisés. Cette mansuétude fait beaucoup pour l'édification de l'image du « Chevalier de l'islam ».
Saladin s’attaque ensuite à la conquête du comté de Tripoli et de la principauté d'Antioche durant l’année 1188, mais ne parvient pas à prendre leur capitale, malgré la complicité de Sibylle de Burzey, femme de Bohémond III, prince d’Antioche, qui renseigne Saladin sur les mouvement de troupes et sur les dispositions des Francs. De même Renaud de Grenier, comte de
Sidon, résiste avec succès dans le château de Beaufort.
En plus d’assurer avec succès la défense de Tyr, Conrad de Montferrat envoie des messagers pour avertir l’Europe de la situation critique des états latins d’Orient. À ces nouvelles, le pape lance un nouvel appel à une nouvelle croisade auquel répondent les principaux souverains, Frédéric Ier Barberousse, empereur germanique, Philippe II Auguste, roi de France et Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre . Au printemps 1190, Saladin s’inquiète de la prochaine arrivée de l’armée de Frédéric Barberousse, qui a vaincu les Seldjoukides du Roum à Qonya, mais l’empereur se noie en Cilice et son armée se disperse .
Pendant ce temps, pour contrer l’efficacité de Conrad de Montferrat, Saladin libère Guy de Lusignan en août 1189, espérant que la médiocrité de ce dernier paralyse Conrad, mais ce dernier refuse à Guy l’accès de Tyr. Guy de Lusignan décide
alors d’assiéger la ville d’Acre avec une poignée de chevaliers. Peu à peu l’armée assiégeante s’accroît de
nouveaux arrivants, d’abord des rescapés de la croisade germanique, puis d’un détachement franco anglais conduit par le comte Henri II de Champagne et enfin des rois de France et d’Angleterre et de leur armée. Saladin tente de multiples attaques pour dégager la
ville, appelle tous les princes musulmans au jihad, mais ne peut empêcher sa prise le 12 juillet 1191.
Puis, alors que Philippe Auguste rentre en France, le roi Richard entreprend la conquête du littoral et déjoue la tactique de harcèlement que Saladin inflige aux croisés. Les deux armées s’affrontent à Arsouf le 5 septembre. Cependant, Richard n’exploite pas ses succès et ne saisit pas l’occasion qui aurait pu lui permettre de reprendre Jérusalem, et finit par conclure un traité de paix avec Saladin, reconnaissant la possession du littoral aux Francs et celle de l’hinterland palestinien aux Ayyoubides.
Malgré une grande maladresse diplomatique de la part de Richard peu après la prise de Saint-Jean-d'Acre, la relation entre les deux hommes était mêlée de respect et de rivalité militaire. Quand Richard fut blessé, Saladin offrit le service de son médecin personnel, le grand Moïse Maïmonide ; à Arsuf, quand Richard perdit son cheval, Saladin lui en envoya deux en remplacement. Lors des négociations, il y eut même le projet de marier la sœur de Richard, Jeanne d'Angleterre, avec Al-Adel, frère de Saladin. Richard et Saladin arrivèrent à un accord pour Jérusalem en 1192 aux termes duquel la cité resterait musulmane mais serait ouverte aux pèlerins chrétiens.
Peu après le départ de Richard, Saladin meurt dans la nuit du 3 au 4 mars 1193 à Damas. On peut lire sur sa tombe: « Seigneur, accorde-lui sa dernière conquête, le paradis ».
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